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REPONDS, ISRAEL

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Je ne peux te qualifier comme criminel en tant que peuple ni en tant que l’ensemble des  citoyens de l’Etat, mais je ne peux renoncer à qualifier ainsi ton gouvernement, en toutes lettres : criminel, assassin, génocide. C’est une ignominie pour toi qu’il te représente aux yeux du monde, mais tu es responsable d’avoir élu et de  maintenir à son poste celui qui le dirige.

 Ils sont nombreux en ton sein les citoyens - arabes et juifs - tout comme les mouvements sociaux qui dénoncent ses crimes, le vol systématique des meilleures terres et sources  de Palestine, la parcellisation cruelle de son territoire,  les fondations toutes puissantes de colonies, les murs honteux et les barbelés   érigés avec l’excuse facile et fausse de la sécurité, les contrôles humiliants auxquels ils soumettent les palestiniens, le terrifiant ghetto dans lequel ils les ont enfermés, la terrible disproportion entre ses violentes représailles et  la réponse violente, à chaque fois  plus compréhensible, de beaucoup de Palestiniens désespérés, expulsés de leur terres ou prisonniers d’elles sans eau ni électricité…

 Il ne s’agit pas de crimes commis par un mouvement terroriste incontrôlé, mais de la terreur exercée impunément par votre Etat, conforté par sa supériorité militaire, avec  le soutien inconditionnel de son allié américain et par les conflits internes de ses adversaires arabes et musulmans. Ils sont nombreux ceux de votre peuple qui s'opposent à tout cela, mais ils ne sont pas assez, ils ne sont pas la majorité, ils n’arrivent même pas à  constituer une minorité forte. Vous ne pouvez éluder votre responsabilité collective.

 Je ne parle pas de responsabilité juridique, je parle de responsabilité éthique, de ton devoir communautaire incontournable devant une injustice et une souffrance  de  telles dimensions.  Le soulèvement  contre ton gouvernement est entre tes mains, non seulement le dénoncer à grands cris devant toutes les instances, mais aussi le déloger par tes votes. Toi, peuple admirable et admiré, créateur de tant de culture, et toi qui à cause de  ton ethnie ou  de ta religion a été  victime de tant de violences, expulsions et assassinats, toi qui a souffert l’Holocauste, comment peux-tu maintenir au pouvoir ton gouvernement et tolérer qu’il  commette avec les Palestiniens des crimes semblables à ce qui a été commis envers toi ? Réponds. Rebelle-toi.

Evidemment, les palestiniens eux aussi doivent assumer leurs responsabilités pour endosser votre histoire, votre drame indissociable, et construire un futur  ensemble, avec une capitale  également partagée. Mais la clé principale est entre tes mains. Reconnais que la création de votre État indépendant en 1948 ne sera  juste que le jour où se réparera l’injustice perpétrée contre le peuple palestinien, et que seront rendues les terres conquises en 1967 et que tu  auras trouvé une solution pour ses réfugiés. Ce jour-là seulement ta fondation cessera  d’être la Nakba (« catastrophe ») de Palestine, et seulement alors, tu seras en sécurité.

Écoute les décisions des nations Unies, aussi pathétiques et inopérantes soient-elles si souvent, soumises aux vetos et désactivées comme elles le sont par le pouvoir américain, ton arrogant ami Goliath, ennemi de la planète. Écoute tes propres prophètes d’hier et d’aujourd’hui. Écoute les paroles adressées à Caïn par la voix de - Celui qu’on ne peut nommer - dans la reprise  de la Genèse  biblique, le premier livre de ta Torah, ta loi de vie : Qu’as-tu fait ? Le sang de ton frère crie vers moi depuis la terre (Gn 4, 10). Aujourd’hui  ces paroles sont adressées à nous tous, et à toi, depuis le tréfonds de la terre, la terre de tous. Le sang d’Abel, le juste, est aujourd’hui le sang de tes frères palestiniens, le sang des 108 assassinés par tes balles –  parmi lesquels 12 enfants -  lors de la récente commémoration palestinienne de la Nakba qui eut lieu il y a 70 ans, le sang de ce bébé de 8 mois mort par inhalation de gaz lacrymogène, le sang des 12000 blessés par tes monstrueuses balles qui triturent l’os et détruisent  tendons, muscles, nerfs et artères. Votre premier ministre, pendant ce temps, danse devant les caméras avec la gagnante de l’Eurovision.

 Où es ton frère ?  demanda la Voix. Suis-je le gardien de mon frère ? répondit Caïn. Si, tu es le gardien de ton frère. Réponds Israël, de tes actes et omissions, réponds de tes votes et de tes silences. Et n’oublie pas que David Grosman, un de tes plus grands écrivains, qui perdit son fils Uri pendant la guerre de 2006 avec la milice libanaise chiite et qui défend autant la Palestine qu’Israël, a dit récemment : « Nous ne serons réellement libres que lorsque les Palestiniens le seront aussi ».

 

José Arregi

( Publicado en DEIA et dans les quotidiens du groupe Noticias le 27 mai 2018)

Traduit de l’Espagnol par Rose-Marie Barandiaran

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