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JE SUIS DISCIPLE, ENVOYE PAR JESUS

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Mc 6, 7-13

Jésus envoie les Douze. Cette mission figure dans les trois synoptiques, et dans les trois, les instructions sont les mêmes, bien que les détails diffèrent. (Mathieu interdit les sandales, Luc omet l'expulsion des démons...) Luc 10, 1 évoque une autre mission, cette fois de 72 disciples, avec des caractéristiques semblables. Il semble donc certain que Jésus préparait son arrivée dans les villages et avait prévu un envoi de ses disciples. Mais l'important n'est pas le fait en soi, sinon le message dont ces disciples sont porteurs et la façon de l'annoncer : le message, c'est l'arrivée du Royaume ; la manière de l'annoncer c'est la pauvreté des envoyés et la libération des malades et des possédés.

Sans que nous nous en rendions compte, nous assistons à la naissance de l'Eglise. Nous le signalions déjà en commentant l'appel des premiers disciples et nous le rappelons aujourd'hui. Jésus a besoin de gens pour l'aider à répandre la Bonne Nouvelle, qui l'aident à réaliser le Royaume. Dès le début, on entrevoit les caractéristiques des disciples ; être disciple de Jésus, c'est être appelé à une mission. L'essence de la mission c'est annoncer le Royaume. Cet envoi de Jésus, au milieu de sa vie publique, nous est très utile pour éclairer l'envoi définitif, la mission conférée aux disciples après la Résurrection : elle nous montre que la mission est constitutive de celui qui suit Jésus.

Etre disciple de Jésus peut se comprendre et s'entend de fait quelque fois comme une situation statique, plus comme privilège que comme engagement. Une connaissance nous a été donnée, les dogmes qu'il faut accepter, des normes morales et des rites qui sont exigés de nous....et la vie éternelle nous est offerte en récompense. Cela pourrait s'entendre comme un enrôlement uniquement individuel, sans que les autres personnes soient autre chose que l'objet des commandements, qui peuvent se réduire à un seul : ne nuire à personne.

Mais ce que révèle Jésus c'est Dieu Père, ce qui signifie que « tous sont des fils» et par conséquent frères. La conséquence est le partage et l'engagement. Jésus est le premier des Fils, le premier Frère, celui qui partage le plus, et est le plus engagé : nous suivons son exemple, nous laissant emporter par le même Esprit. Sa mission n'est pas sa mission, c'est la mission que confie le Père aux enfants. Jésus nous fait découvrir la mission, le suivre c'est accepter la mission.

La mission des douze et de ces soixante-douze autres était quelque chose de très occasionnel : il leur fallait préparer la route à Jésus. C'est cela qui a été leur mode de mission à ce moment-là. Notre mission peut avoir et a de fait des modalités différentes, mais dans le fond c'est la même : annoncer et construire le Royaume. Quand Jésus n'a plus été physiquement parmi ses disciples, ceux-ci ont continué sa mission : certains comme prédicateurs, voyageant d'un endroit à l'autre. D'autres, non : ils demeurèrent là où ils étaient ; ils annoncèrent et construisirent le Royaume en faisant ce qu'ils avaient toujours fait, mais de façon différente. Ils continuèrent à être cultivateurs, commerçants ou artisans, ils continuèrent à engendrer des enfants et à célébrer les fêtes, mais tout cela ils le firent selon les critères et les valeurs de Jésus ; ils partageaient ce qu'ils avaient, ils étaient profondément engagés dans les problèmes de tous.

Nous avons l'habitude de simplifier, de façon assez coupable, la façon de suivre Jésus. Nous pensons que quelques personnes (les prêtres, les religieux...) sont appelés à annoncer le Royaume, à prêcher, et pas les autres ; les autres, nous vivons une existence qui accepte les dogmes et qui accomplit ce qui est commandé, pour notre propre salut. Là-dessus aussi il nous faut écouter la bonne nouvelle : ta vie, ce que tu fais, peut être le Royaume, l'annonce du Royaume. Mais il y a plus : ta vie est ta mission, c'est à cela qu'elle sert, c'est pour cela que nous avons été pensés par Dieu, c'est pour cela que l'on compte sur nous. Et c'est l'essence de notre appartenance à l'Eglise : accepter la mission. Cela se nomme « communier » : communier avec la mission de Jésus.

Mais le mode de la mission est sans doute le plus important de ce texte : le mode est pauvreté et libération. Sans sandales de rechange, sans argent dans la poche...et « même les démons nous étaient soumis ! » (Lc10,17). Il me semble intéressant de constater une relation de cause à effet : si les démons leur étaient soumis, c'est parce qu'ils étaient pauvres et qu'ils libéraient. C'est le propre de Jésus : aucune confiance dans les pouvoirs du monde : voilà ce qui cause l'élimination de ces démons de l'être humain que sont précisément confier dans les mirages du monde et refuser de s'en libérer.

Si ce sont ces derniers, et pas d'autres, les signes de l'Eglise, son efficacité est garantie. Si ces signes sont autres que ceux-ci, l'Eglise n'est pas fidèle à Jésus. Si l'Eglise est capable de produire de la libération, c'est-à-dire de sortir les gens de leurs péchés, de leur installation, de leur esprit mondain, de leur consommation effrénée, de leur indifférence aux autres ; si, là où il y a des chrétiens, il y a moins d'affamés, plus de justice, plus d'honnêteté...l'Eglise de Jésus est là. Si le message de l'Eglise est une bonne nouvelle pour les pauvres (et donc mauvaise nouvelle pour les gens riches – comme cela s'est passé pour Jésus) cette Eglise est celle de Jésus.

Il est fréquent que l'on soit déconcerté lorsqu'on voit comment des nations entières qui proclament leur adhésion à l'Eglise, qui confessent leur catholicisme...ont les indices de corruption les plus élevés au monde, parmi leurs dirigeants et dans le comportement ordinaire de beaucoup. Et cet étonnement est encore plus grand devant le spectacle des églises du premier Monde, du Nord, dans lesquelles se déclarent surtout croyants des gens des hautes couches sociales, alors qu'il y a des siècles que les « basses classes » se sont désintéressées de l'Eglise. Etrange bonne nouvelle, qui tranquillise les riches et ne trompe pas les pauvres ! C'est l'inverse qui est arrivé à Jésus.

De notre réalité et de notre pouvoir de transformation dépendra directement la crédibilité de notre annonce du Royaume. De notre réalité parce que si nous suivons Jésus, nous changerons jour après jour, devenant chaque fois plus humains, c'est-à-dire plus fils. De notre pouvoir de transformation parce que notre partage et notre engagement changera le climat, fera changer d'autres personnes.

L'efficacité de l'Eglise ne dépend ni de stratégies de propagande ni de prédications dogmatiques, mais de la conversion de chaque disciple.

Choisis pour une mission ? On peut dire que non. Nous pouvons nous réfugier dans l'accomplissement discret des commandements, tel le jeune homme riche qui a été à deux doigts de suivre Jésus et a finalement fait demi-tour. Personne ne va nous le jeter à la figure, notre salut éternel n'est pas en jeu. Il ne s'agit pas de ça. Il s'agit d'accepter ou non d'être enfant et de vivre en conséquence. Se sentir seulement esclave ou employé peut même se révéler plus commode. Les esclaves et les employés remplissent des obligations, acceptent d'être punis quand ils sont en faute, sont reconnaissants au patron d'être un juge enclin à pardonner si l'on se repent, et espèrent être récompensés une fois terminé le travail. Leurs relations extérieures avec la divinité s'expriment dans le culte, ils font beaucoup de prières de demande et sont toujours un peu craintifs devant Sa Divine Majesté.

Ceux qui acceptent la mission ne parlent pas de récompenses ou de punitions, ni même de pardon. Ils n'offrent pas de sacrifices à la divinité –vu qu'ils se sont offerts eux-mêmes. Ils célèbrent l'eucharistie pour alimenter leur engagement, pour encore une fois accepter la mission.

 

José Enrique Galarreta

(traduction Maurice Audibert)

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