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APPELES A PRECHER, NON EN PAROLES MAIS PAR SA VIE

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Mc 6, 7-13

Dans tous les domaines, mais surtout dans le domaine spirituel, l'évolution humaine a été possible grâce à ce que chacun apprend et enseigne. Tout chrétien est envoyé pour prêcher par sa vie.

 

CONTEXTE

Le paragraphe que nous venons de lire est la suite de ce que nous lisions dimanche passé, mais avec lui commence une nouvelle étape dans l'évangile de Marc. Les disciples vont devoir prendre part à la tâche que, jusqu'à présent, le Maitre était seul à accomplir.

Après la dure expérience d'échec éprouvée dans la synagogue de son village, non seulement Jésus ne cesse pas d'annoncer la « bonne nouvelle » du Royaume, mais il engage ses disciples dans cette tâche. Le rejet des dirigeants et des plus proches le contraignent à chercher d'autres interlocuteurs qui ne soient pas corrompus par l'enseignement officiel. Les trois lectures nous parlent de l'élection, mais cette dernière inclut la mission de manière implicite.

 

EXPLICATION

C'est Jésus qui prend l'initiative. « Il les appela et les envoya ». Au chapitre 1 il avait déjà rapporté l'appel de deux couples de frères. Au chapitre 3, il avait raconté l'appel des douze. S'ils étaient avec lui depuis longtemps déjà, il n'avait pas besoin de les appeler, mais le fait de mettre ensemble les deux verbes a une intention spéciale. L'appel et la mission vont toujours ensemble. Tout appelé est appelé pour être envoyé.

Il n'est précisé ni où ils vont, ni combien de temps va durer le voyage. Par là il nous donne les caractéristiques de tous les appels et de tous les envois. Tous ceux qui partent au nom de Jésus doivent le faire dans les mêmes conditions, à toutes les époques. L'évangéliste évoque peut-être une pratique alors courante dans les premières communautés.

« Deux par deux », se réfère au sens communautaire de toute mission. Il ne s'agit pas d'agir en francs-tireurs, mais de partir au nom de la communauté et porteurs du message communautaire. De cette façon, en outre, est évité toute espèce de hiérarchie ou de supériorité de l'un sur l'autre.

Nous oublions trop souvent que nous sommes tous envoyés par une communauté et à partir d'elle. Il nous faut surmonter la tendance à agir pour notre propre compte, en vue de garantir notre avenir personnel.

Le fait a aussi un aspect légal. Dans un procès, seul était reçu le témoignage

attesté par deux témoins au moins. Souvenons-nous qu'il ne leur est pas demandé d'être des enseignants, mais des témoins.

« Il leur donne autorité sur les esprits immondes ». Il faut faire très attention. Le grec ne dit pas « dynamis », mais « exousia ». Il n'est pas simple de saisir la différence entre les deux concepts, mais il est clair qu'il ne s'agit pas d'un pouvoir magique, mais d'une supériorité sur le mal ; ce qui nous indique qu'il est question d'une force pour dominer non seulement les démons d'autrui, mais aussi les siens propres. C'est-à-dire le dépassement personnel de toute idéologie qui les empêcherait de transmettre le véritable message. Ce combat des apôtres contre leurs propres préjugés nationalistes est présent dans tout l'évangile de Marc.

« Il les chargea »... Le verbe grec signifie « ordonner » dans son premier sens. C'est une sévère mise en garde. Il est curieux que le texte mette davantage l'accent sur ce qu'ils ne doivent pas emporter. Il n'est même pas question du message qu'ils doivent transmettre. L'important c'est l'état d'esprit de ceux qui vont accomplir la mission.

Le bâton et les sandales étaient indispensables pour voyager ; le bâton aide à marcher et peut être fort utile contre les bêtes qui n'étaient pas rares dans les terrains désertiques. Les sandales étaient les chaussures des pauvres, sans elles il était impossible de faire de longues marches.

Le pain était le symbole de toute nourriture. Ils ne se déplacent pas comme des mendiants, « n'emportez pas de bagage « , ils ne doivent accepter que ce dont ils ont besoin sur le moment, sans rien accumuler pour la suite. La sacoche était le propre des mendiants qui y mettaient ce qu'on leur donnait pour leur assurer au moins les repas suivants.

L'argent (de peu de valeur) est le symbole des sécurités. En grec, on ne dit pas « tunique de rechange », mais « ne portez pas deux tuniques » ce qui était la caractéristique des gens riches.

Les juifs ne descendaient jamais chez des païens. Jésus leur fait comprendre que n'importe quelle maison peut être bonne pour se loger et n'importe quel aliment digne d'être mangé. Pour rester quelque part, suffit qu'une « maison » les accueille, pour s'en aller il doit exister le refus d'un « lieu ».

Ils ne doivent pas mettre en question le traitement qu'ils reçoivent dans la maison où ils sont reçus, l'important est qu'on les accepte et qu'eux acceptent l'offre. En tout cas reste évidente la possibilité de refus, tel celui que Jésus vient de connaître dans son propre pays.

Secouer la poussière de ses pieds était une coutume observée par les juifs quand ils partaient d'un endroit de paganisme. Il ne s'agit aucunement d'une malédiction, mais de rendre témoignage d'un fait. Dorénavant les païens ne sont plus les non juifs, mais ceux qui refusent l'offre de salut de Jésus.

« Ils prêchaient la conversion, chassaient les démons et guérissaient ». Il est curieux qu'aucune de ces actions ne soit décrite dans l'envoi. La conversion dont nous parle l'évangile ne doit pas s'entendre d'un point de vue moral : cesser de faire ce qui est mal. Il s'agit de la « metanoia », qui est un changement de mentalité

Il s'agit de choisir un nouveau chemin. Sans emprunter ce nouveau chemin, repentirs et résolutions ne serviront à rien. Cela nous ne le comprenons pas bien aujourd'hui. Chasser les démons et guérir sont les signes de la préoccupation pour autrui. Le signe le plus clair que le Royaume est arrivé est l'aide que reçoit autrui.

 

APPLICATION

La première lecture (Am 7, 12-15) nous met déjà en garde. Les prophètes de Betel veulent faire d'Amos un de ces prophètes qui vivent d'un métier suivant les directives officielles. Les choses ont très peu changé : l'Eglise est toujours un sanctuaire de Betel, où les intérêts économiques et de pouvoir priment sur tout le reste, bien que personne n'ose le reconnaître ou le dénoncer. Etre du côté des puissants et ne pas dénoncer l'injustice, d'où qu'elle vienne, a été l'une des apostasies du christianisme à partir de Constantin.

Aujourd'hui ce que nous prêchons n'intéresse personne, et encore bien moins notre itinéraire de vie. La mission ne peut pas être un accommo-

dement à un programme venu du dehors, mais une exigence vitale, conséquence de l'appel interne de Dieu.

La clef de ces recommandations la voici : le fait de dépendre d'autrui élimine toute tentation de supériorité. Elles ne sont pas des normes d'ascétisme, mais de confiance. Il s'agit d'apprendre à confier dans les autres, en attendant tout de leur part.

Savoir donner efficacement suppose avoir appris auparavant à recevoir avec humilité. Rien n'est plus humiliant pour un être humain que de devoir recevoir quelque chose d'un autre sans un minimum de réciprocité. Ce qui unit et humanise le plus les êtres humains est de savoir qu'ils ont quelque chose à donner et quelque chose à recevoir d'autrui. Si cette réciprocité est basée sur la gratuité, on atteint le maximum d'humanité chez celui qui donne comme chez celui qui reçoit.

La confiance, base de toute mission évangélique, doit être centrée en Dieu, pas dans les moyens déployés pour obtenir des adhésions. Pour cela il n'y a pas d'autre moyen que de se passer du superflu, sans même vouloir assurer le nécessaire.

Lorsque Jésus envoie les Douze, il leur dit de porter à tous les hommes le Royaume de Dieu qu'il prêche. Il n'en est pas le maître et ils n'en sont pas les propriétaires. Ce Royaume, qui est Dieu, est en chacun de nous et il est la « bonne nouvelle » que tous doivent découvrir.

Le Règne prêché par Jésus est au-delà de toute religion. En voulant purifier sa religion, Jésus a donné la clef pour purifier toute religion. Jésus n'a pas créé une nouvelle religion et n'a pas cessé de faire partie de son peuple et de sa tradition religieuse. Avoir fait de la prédication de Jésus une religion de plus, a éliminé la possibilité qu'elle soit un ferment pour toutes.

La mission n'est pas la tâche de quelques-uns, mais la conséquence inévitable de l'adhésion à Jésus. La mission ne consiste pas à prêcher mais à faire un monde toujours plus humain dans tous les domaines. Elle consiste encore moins à conserver des rites fossilisés qui ne disent plus rien à personne. Il ne s'agit pas de sauvegarder à tout prix des doctrines d'hier ou des normes morales qui n'humanisent personne.

Le message de Jésus ne peut se mettre en formules ni être l'objet d'aucun programme. C'est une façon de vivre, simplement. Etre chrétien c'est être témoin d'une façon d'être homme, d'une façon d'être plus humain.

 

Texte de Fray Marcos

(Trad. Maurice Audibert)

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