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RELIGION ET SEXUALITÉ

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"Sexualité et religion font-elles bon ménage? » Voilà le titre d'un débat auquel j'ai participé au mois d'août dernier au Larzac, ce bel haut plateau d'Occitanie (France) où paissent des moutons par milliers et lieu de fabrication du fromage Roquefort.

En suivant le même patron, on pourrait dire que sexualité et religion ont fait bon ménage au début, pendant bien longtemps, jusqu'au jour où cette dernière a voulu soumettre la première. La sexualité se sentait habitée par le Mystère Sacré : la présence de l'autre, le plaisir de la rencontre, le miracle de la naissance d'une nouvelle vie. Mais elle se sentait en même temps entourée de menaces : il n'y a pas de relation sans conflits pas plus qu'il n'y a de vie sans mort.

Le conflit et la mort sont le prix de cette merveilleuse invention de la Vie - merveilleuse aventure – qu'est la sexualité quant à la création de nouvelles formes et espèces de vie de plus en plus complexes ; les cellules qui se multiplient en se reproduisant elles-mêmes sont immortelles, mais elles ne sont jamais que la répétition perpétuelle de la même chose. Et la Vie cherche la nouveauté et l'évolution mais elle désire aussi l'harmonie difficile des parties impliquées et elle ne veut pas être dévorée par la mort. Ainsi, comme la vie elle-même, la sexualité est entourée de mystère et de dangers. Ensemble, ils l'ont amenée à s'approcher de la religion.

Et la religion? « Au début » la religion a été source d'encouragement plus qu'un système religieux. Un espace sacré de communion, un horizon de confiance, un chemin large et libre pour accéder aux biens les plus éminents dont la Vie avait l'intuition au fond de son aventure sexuelle : le bonheur de la relation et la plénitude de la vie sans fin. Quand je dis « au début », je ne me rapporte pas à un temps, mais bien plutôt à la profondeur de la Vie.

La religion n'a pas été fidèle à elle-même : elle a oublié d'être tout attention, soin, encouragement pour se transformer en système. Les religions sont devenues des forteresses du pouvoir patriarcal, gardiennes de l'ordre, autoritaires et jalouses. Elles ont voulu contrôler la sexualité et la soumettre à leurs croyances et à leurs superstitions, à leurs normes et à leurs tabous en la réduisant à une simple fonction reproductrice et en se méfiant, en condamnant même, tout plaisir sexuel qui ne serait pas lié à la reproduction. « Alors », la sexualité a rompu avec la religion en l'expulsant de sa maison –son temple de chair-. Et il en va ainsi de nos jours. Encore aujourd'hui, alors que la sexualité s'est même libérée de sa fonction reproductrice, les religions s'acharnent par tous les moyens à continuer à exercer un contrôle sur elle, sans y réussir si ce n'est dans des réduits marginaux d'un monde révolu. La sexualité a rompu avec les systèmes religieux parce que les systèmes religieux ont rompu avec la vie.

Au cours du débat du Larzac, on a commencé par projeter le film israélien Kadosh. On y raconte la tragédie de deux sœurs du quartier juif ultra orthodoxe de Jérusalem. L'aînée, Rivka, est mariée à Meir, et ils n'ont pas d'enfants ; le rabbin décide que la Torah oblige Meir à répudier son épouse, en considérant comme acquis que la stérilité est le fait de la femme et qu'une femme stérile est inutile, telle une cruche fendue. La plus jeune, Milka, est amoureuse

de Jacob, mais on l'oblige à épouser Joseph, jeune rabbin. Deux femmes brisées. Seule pourra survivre celle qui se révolte contre cet ordre religieux fondamentaliste, étouffant.

« J'étouffe ». dit Milka. Elle abandonne sa famille et quitte Jérusalem. Au loin on aperçoit la célèbre vue panoramique : l'esplanade de l'ancien temple juif, la Coupole Dorée et la mosquée Al-Aksa, les clochers des basiliques chrétiennes. Qu'est donc réellement Kadosh, saint ? C'est ce qui permet de respirer. C'est l'amour, y compris la transgression.

Mais comment les religions en sont-elles arrivées à vouloir soumettre la sexualité au point de l'étouffer en la déclarant impure ? « Au début », il n'en était pas ainsi, surtout dans les grandes religions monothéistes. Ne lisons-nous pas dans la Bible juive le Cantique des cantiques, si beau, si affranchi et si peu « religieux » ? Le christianisme n'a-t-il pas reconnu dans l'amour charnel un sacrement de « Dieu » ? Les poètes musulmans n'ont-ils pas exalté l'érotisme le plus raffiné sur les tons les plus lyriques ?

Mais il ne suffit pas d'invoquer les origines ou les textes sacrés, car à leurs débuts, toutes les grandes religions et leurs textes sacrés renfermaient aussi le machisme, l'homophobie et le rejet du sexe. Les religions devront éliminer ces résidus, et bien d'autres encore, d'un monde révolu, même s' « ils sont écrits » dans leurs textes sacrés. Ce n'est que de cette façon qu'elles pourront retrouver leur véritable « origine », s'inspirer de la Vie et inspirer de la vie.

 

José Arregi

(publié le 19-10-2014 dans DEIA et les journaux du Groupe Noticias)

Traduction de Miren Ynchausti Garate

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