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SEULE FACE À GOLIATH

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Coiffant le foulard blanc des Mères de la Place de Mai, et sans autre arme qu'une pancarte portant les photos de son mari et des 30 autres disparus de sa ville, Olga Aredez entreprend de résister à « l'empire » Ledesma et à tout ce qui lui ressemble dans le monde.

Avec une dignité de statue grecque et une passion sans limites pour la vérité et la justice, elle réclame que lumière soit faite sur les disparitions de son mari et de tant d'autres. Elle exige que les coupables, pourtant connus de tous, et qui, en toute liberté se la coulent douce grâce à de juteuses pensions de l'État, soient traduits devant les tribunaux et subissent pour leurs crimes les peines prévues par la loi.

Terrorisés par « l'empire » tout-puissant, les habitants de Ledesma se terrent dans leurs maisons et laissent Olga toute seule dans son combat. Mais loin de se décourager, lorsqu'elle est en ville, chaque jeudi, à la même heure, elle fait sa ronde de protestation en silence autour de la place centrale; parfois un chien abandonné se risque à marcher derrière elle.

Rien ne l'arrête. Tout en travaillant comme dentiste pour gagner sa vie, on la voit dans la boue des quartiers populaires, dans les organisations de chômeurs, dans les forums internationaux, dans les écoles, sur les tribunes des universités, bref, partout où on se bat pour les Droits de la personne, et où on se débat pour accoucher d'un monde viable pour tous les humains, en particulier pour les femmes, les indigènes, les chômeurs et les marginaux de toutes espèces.

 

Le « bagazo » frappe

Le "bagazo" est le bacille de la canne à sucre que les cheminées, nuit et jour et depuis plus d'un siècle, crachent sur les villes de Ledesma et de Libertador General San Martín. Les victimes de cette pollution, toujours niée par l'entreprise et par les médecins engagés par elle, son sans nombre.

Bien qu'Olga mène toute une campagne pour que des filtres soient posés à la tête des cheminées, rien n'y fait. Et voilà qu'au début de juillet 2003, elle est hospitalisée d'urgence dans une grande clinique de Córdoba. On découvre dans ses poumons une tumeur qui a été causée justement par le « bagazo ».

Une très délicate opération s'impose sans tarder, mais le cœur donne des signes de détresse et l'opération est remise. Quelques jours en thérapie intensive semblent avoir rétabli les conditions pour procéder à l'opération, mais Olga a d'autres plans et décide de quitter l'hôpital.

À Ledesma l'attend un rendez-vous que même la mort ne lui ferait pas manquer! Pendant que ses médecins et ses proches protestent et parlent de véritable suicide, Olga est déjà de retour à la ville du bagazo.

Il fait une chaleur comme nulle part ailleurs sur la planète et voilà que sur un parcours de 14 Kms, elle marche à la tête de 3 000 manifestants venus des quatre coins du pays commémorer avec elle la Nuit des 300 disparus. Dans la même foulée, elle anime un congrès populaire sur les Droits Humains, qu'elle-même convoque chaque année depuis plus de 20 ans.

 

À quatre pattes chez le Président

Elle n'est pas morte par pur miracle, elle le sait bien. Aussi la raison la presse-t-elle de reprendre sagement le chemin de l'hôpital. Mais, juste à ce moment-là, on annonce que, le jour même, le nouveau Président du pays va faire une visite-éclair à la Province de Jujuy.

Oubliant hôpital et tout, Olga saute dans sa voiture et part à toute vitesse à l'autre bout de la région, à la rencontre du Président. Elle va lui porter une lettre. Quatre autres Mères de la Place de Mai l'accompagnent.

Quand elle arrive à 4 Kms de son but, elle trouve la route barrée aux voitures, par mesure de sécurité. Ne faisant ni une ni deux, elle saisit la main de la moins vieille de ses compagnes et poursuit son chemin à pied alors que le mercure danse au-dessus des 30 Cº.

C'est ainsi qu'Olga parvient à proximité de l'immeuble où le Président est attendu. Mais là, une foule compacte l'empêche d'avancer. S'ensuit une forte bousculade et elle perd sa compagne. Elle continue seule et, en jouant des deux coudes, réussit tant bien que mal à se frayer un chemin. Des groupes qui rêvent encore de dictature, en apercevant le foulard blanc d'Olga, commencent à l'abreuver d'injures. Ces mêmes injures dont on l'accable depuis 27 ans : « Folle! Communiste! Traître à la patrie! Vendue!... »

Olga a l'habitude. Elle fait la sourde oreille et lutte encore plus fort pour tenter de pénétrer dans la maison. Cette fois, elle se heurte à une muraille de fer formée par un cordon de policiers armés jusqu'aux dents. Elle les supplie de la laisser passer. En vain. Elle se met alors à pousser de grands cris et, pendant qu'on se demande ce qui se passe, elle se jette par terre et se faufile comme un écureuil entre les bottes des gardes.

Ses cris attirent l'attention d'un ministre qui se trouve sur la tribune; elle le connaît et l'appelle par son nom. Il la reconnaît à son tour et se lance à son secours. Sur les entrefaites arrive le Président Kirchner. Le ministre lui souffle deux mots sur ce qui se passe. En entendant cela, le Président se précipite vers Olga et la serre dans ses bras. Il lui dit tout ému: « Rassurez-vous, madame, je suis l'un des vôtres, je suis votre fils ».

Olga fond en larmes et lui remet sa lettre en lui expliquant ce qu'elle réclame : l'ouverture des archives de la répression dans la Province de Jujuy au temps de la dernière Dictature, et l'extradition immédiate des États-Unis ou de Panama de l'ancien Commissaire Ernesto Haig, un des grands assassins qui fit d'énormes ravages dans la Province au temps des militaires et qui, par la suite, s'est enfui à l'étranger.

Le Président promet de s'occuper personnellement de cette affaire, encourage chaleureusement Olga à continuer son combat pour que la mémoire ne se perde jamais, et l'assure que les portes de la Maison Présidentielle lui seront toujours ouvertes.

Je ne puis m'empêcher de faire ici un rapprochement entre ce moment de la vie d'Olga et cette femme cananéenne qui, à grands cris, avait réussi à s'approcher de Jésus et, avec la voix d'un petit animal blessé, le suppliait dans ces mots : « Tu sais, les petits chiens ne lèvent pas le nez sur les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres! » (Matthieu 15, 21-28).

 

Le soleil de nuit

À Buenos Aires, quelques jours après cet évènement, on lance un film sur Olga, dont le titre est « Le soleil de nuit ». Ce soleil de nuit, c'est elle. Mais ce soir-là, Olga n'est pas là. De nouveau elle est entrée d'urgence à l'hôpital de Córdoba. Son état est extrêmement grave. Les médecins ne garantissent rien. On croit que la fin est arrivée. Pendant quelques jours, elle lutte entre la vie et la mort. Puis, peu à peu, le souffle de vie revient. Après un certain temps, lorsque les forces semblent suffisantes, on risque l'opération.

Juste avant de l'endormir, le chirurgien lui demande ce qu'elle va faire du reste de sa vie si elle réussit à s'en tirer. Elle lui répond : « Je vais appuyer plus que jamais les piquetages des chômeurs ». Le médecin éclate de rire en lui disant : « Pour cette maladie, il n'existe pas de remède! ».

L'opération est un succès. Olga quitte la salle des soins intensifs six jours avant le temps, et abandonne l'hôpital deux semaines plus tôt que prévu.

Le pire est passé; mais la tumeur extirpée était cancéreuse... Olga ne fléchit pas pour autant. Elle étonne tout le monde, en reprenant peu à peu ses activités comme si de rien n'était.

 

Dernières nouvelles

Mais après un an et demi, le cancer a repris ses droits. Tout espoir est perdu. Arrivent à leur terme 27 ans de lutte acharnée en solitude, en solidarité, dans une foi en l'impossible qui ne s'est jamais démentie. Olga entre dans l'éternité avec toute sa fierté de statue grecque, portant sur son cœur la lettre d'une vie entière devenue un seul cri pour la vérité et la justice, et la libération de tous les opprimé-es du monde.

 

Eloy Roy

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