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TAITA PROAÑO

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Je me trouve à Quito, ville qui incarne toute l'histoire de notre monde avec sa beauté et sa cruauté, entourée de hauts coteaux, de volcans et de glaciers. Son centre historique est d'une extraordinaire harmonie et beauté, mais il est en même temps le témoin criant de la brutale destruction de peuples entiers avec leurs extraordinaires cultures.

Ici, à l'Équateur de la Terre, au cœur géographique de la Pacha Mama, nous nous sommes réunis durant quatre jours 110 chrétiens/ennes d'Amérique Latine et d'autres contrées, pour la IIIe Rencontre Latino-américaine FOI et POLITIQUE. Indigènes, afro-descendants, blancs, métisses. Nous sommes tous métisses, à l'image de cette ville de Quito. La vie est toujours métisse, fruit du métissage. Nous sommes tous de la même terre mère, et nous sommes dans le même Mystère.

C'est l'Évangile de Jésus et son rêve d'un autre monde nécessaire et possible qui nous réunissait tous ici. C'est la mémoire et le message d'un évêque prophète vêtu de poncho et de sombrero qui nous rassemblait tous, l'évêque de la libération des peuples indigènes : Taita Léonidas Proaño. Fils de paysans pauvres d'Ibarra (Imbabura) et père d'indigènes pauvres du Chimborazo, évêque de Riobamba de 1954 à 1985.

Taita : Aita (« Père » en basque). C'est ainsi que nommaient et que continuent de nommer les indigènes le père et pasteur qui les mit debout et leur redonna la parole. Ils furent pour lui la révélation de Dieu et du monde, et il les aima comme un absolu, les défendit avec une absolue passion. Il vit leur misère séculière, et éprouva de la compassion. A l'écoute de leur sagesse millénaire, il devint l'un d'eux et leur consacra toute son immense humanité, sa bonté et sa fermeté, son intelligence aiguë, sa parole inspirée. Il fit d'eux ses « maîtres », eux qui depuis 500 ans étaient esclaves sur leur terre et devaient recouvrir la paume de leur main avec le bord du poncho, en signe de soumission, avant de la tendre aux blancs, et se mettre à genoux avant de saluer les prêtres.

Il fut touché par les Indiens et se montra affligé par une église qui les avait réduits à l'esclavage au nom de Dieu, colonisés au nom de l'Évangile. « Relevez-vous, ne vous écrasez pas », leur dit-il sans anneau ni croix pectorale, tenant l'évangile nu à la main et vêtu de poncho. Et les indiens relevèrent la tête et dirent « basta ! » aux grands seigneurs, propriétaires fonciers et militaires. Ils dirent aussi « basta ! » à une institution ecclésiastique alliée des colonisateurs, amie des dictateurs, et propriétaire elle-même d'une bonne partie des meilleures terres de l'Équateur. Ils luttèrent et continuent de lutter pour que leur revienne la terre mère qui nourrit leurs ancêtres, la terre qu'avaient cultivée leurs villages durant des millénaires et qui leur fut confisquée, la terre sacrée qui continue d'être transpercée, dévastée et empoisonnée, afin de tirer d'elle or et pétrole qui enrichissent davantage les riches et appauvrissent encore plus les pauvres.

A la fin, alors que, déjà très malade, il ne pouvait plus parler depuis deux jours, il appela soudain la personne qui le soignait avec une infinie tendresse et vénération : « Nidia ! Nidia ! ». Elle accourut et lui demanda : « Que désirez-vous, Monseigneur ? ». Et lui de s'exclamer : « Un mot me vient : l'Église est l'unique responsable de la situation et de l'oppression des peuples indigènes. Quel déchirement ! Quel déchirement ! ». Ce furent-là ses dernières paroles. Il mourut ce même jour, le 31 août, à l'âge de 78 ans. Hier nous avons célébré avec une profonde émotion le 25ème anniversaire de sa mort. Mort ? Plutôt résurrection, car celui qui vit, comme Taita Proaño, en donnant sa vie pour une vie plus juste et meilleure ressuscite dans la mort et ne cessera jamais de ressusciter. Sa présence et son message continuent d'animer l'histoire d'innombrables communautés indigènes à travers toute l'Amérique Latine.

Combien serait différente aujourd'hui l'Amérique Latine et son Église s'il y avait eu et s'il y avait encore beaucoup d'évêques comme Leonidas Proaño, élus non pas par le Vatican mais par ses communautés ! Des évêques comme Helder Camara, Oscar Romero, Samuel Ruiz, Pedro Casaldaliga... Des évêques comme toi, Taita Proaño, pour que continue de vivre la Terre avec tous ses vivants.

 

José Arregi

 

Support pour la prière

 

Frère colibri


Il se fit connaître dans mon pays

en semant l'amour comme le maïs.

Avec lui la croix s'allégea

et le sentier s'éclairait.

 

A l'exemple de l'Homme de Bethléem

il plut par son humble simplicité.

Il descendit de l'Imbabura

et aménagea le Chimborazo.

 

Parmi les indiens le poncho quichua

suscita protestations et foi.

Il partagea sa propriété

à toute la communauté.

 

Sa vie ne fut jamais du goût

des rupins du lieu,

car il enseignait à haute voix

à rejeter l'oppresseur.

 

Un maudit août notre soleil

s'obscurcit en milieu de journée.

En pleurs après l'amen

nous dûmes nous séparer de lui.

 

Salut, frère colibri.

Salut, yaravi.

Nous nous retrouverons

en vivant la communauté.

 

(Jaime Guevara)

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