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CE QUI A LE PLUS DE VALEUR RESIDE EN LA PERSONNE, PAS EN SA CONDUITE MORALE

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Lc 7, 36-8, 3

Ce récit, les quatre évangélistes le rapportent, quoiqu'avec des différences notables. C'est un récit capital dans les évangiles, parce qu'il démontre à l'aide d'un fait concret, l'attitude de Jésus envers les pécheurs, comme celle de ces pharisiens fidèles incapables de voir plus loin que le bout de leur nez, ou plutôt que ce que demande la loi. Les pharisiens identifiaient le pécheur avec son péché. Jésus voit la valeur de la personne humaine au delà de ses manques, qui peuvent nous conduire à penser que cette personne est méprisable.

Aujourd'hui il n'y a pas besoin d'exégèses plus poussées, parce que le message est très clair. Il suffit d'analyser soigneusement les personnages qui manifestent leurs attitudes au cours du récit. La pécheresse, Jésus, le pharisien et ailleurs les apôtres (Judas), qui avec l'étroitesse et la superficialité propres à nous tous, commun des mortels, ne se rendent compte de rien et parlent de gaspillage et des pauvres. Mais n'oublions pas que l'acteur principal est Dieu, ou plutôt les idées sur Dieu.

Il est très intéressant de découvrir que ce récit et d'autres semblables, ne correspondent pas à l'idée que nous chrétiens avons encore sur les pharisiens. Ils ne devaient pas être de si grands ennemis de Jésus, puisqu'ils l'invitaient à leur table, geste pratiqué seulement avec les personnes distinguées et d'un certain niveau social. Bien que n'étant pas d'accord avec beaucoup de ses enseignements, leur opposition n'avait pas dû être tellement farouche au début.

« Evangile », en grec, signifie bonne nouvelle. Or la meilleure nouvelle que puisse recevoir un être humain est celle que nous allons commenter aujourd'hui: Dieu est pardon, car Dieu est amour. Peut-être s'agit-il là de l'aspect le plus original de tout le message de Jésus. L'expérience de Dieu qui a été la sienne est à la racine de tout son message. Cette expérience l'a amené à parler de Dieu comme Abba (père et mère). Si nous ne comprenons ni n'acceptons ce message, le reste n'a plus de cohérence et nous conduit à une voie sans issue.

Les juifs furent incapables d'assimiler le thème du pardon tel que le présentait la prédication de Jésus. Ils croyaient bien sûr au pardon de Dieu, mais ils l'interprétaient à la manière du pardon humain. Au bout de deux mille ans, nous n'acceptons toujours pas le pardon prêché par Jésus. Nous nous scandalisons toujours de ce que Dieu aime les méchants. Que Dieu pardonne aux bons, nous l'acceptons, mais qu'il puisse aimer le pécheur avant qu'il se convertisse est une chose qui dépasse ce que nous pouvons accepter d'un Dieu « juste ». Quel avantage aurions-nous alors, nous qui nous portons bien, même si nous péchons de temps en temps? C'est une attitude très subtile qui montre jusqu'à quel point nous pouvons mettre en sourdine le message évangélique.

Nous nous éloignons de l'évangile chaque fois que nous envisageons nos relations avec Dieu comme s'il s'agissait d'un être humain. Qui plus est, nous osons lui dire qu'il prenne exemple sur nous (pardonne nous comme nous pardonnons).

Dieu ne pose pas d'actes. En Dieu, les verbes ne se conjuguent pas, car ni temps ni modes ne l'affectent. Tout ce que fait Dieu, il l'est.Tout ce qu'il possède lui est essentiel. Penser que Dieu change d'attitude dans sa relation à un pécheur parce que celui ci fait pénitence, est quelque chose de saugrenu si nous le prenons au pied de la lettre. Ce n'est qu'une manière de dire que le pécheur se rend compte à un moment donné de ce que Dieu est pour lui et que ses fautes ne l'ont pas éloigné d'un iota de ce Dieu qui est amour.

« Tes péchés sont pardonnés ». L'évangile lui-même présuppose une interprétation erronée de la phrase lorsqu'est mise en doute le pouvoir qu'a Jésus de pardonner les péchés; Nous refusons de regarder la réalité en face. Jésus ne dit pas « Je te pardonne », parce que ce qu'il connaît de Dieu lui permet de savoir que ni lui ni Dieu n'ont rien à pardonner. L'attitude de Dieu est toujours la même, elle ne peut changer. Elle sera éternellement amour.

Ce que dit Jésus, n'importe qui peut le dire à n'importe qui. Concernant Dieu, tes péchés sont toujours pardonnés. La balle est toujours dans ton camp. C'est à toi qu'il revient de changer ton attitude vitale pour que tu découvres ce pardon et que cela puisse signifier quelque chose d'essentiel pour changer de vie. Découvrir que

Dieu continue à t'aimer malgré tes fautes, doit t'amener à une confiance totale et absolue en Lui. Cette confiance-là est le fondement de tout avenir vraiment humain. Sans elle, l'avenir s'obscurcit définitivement.

Voilà le message de Jésus. Ce que Jésus a voulu nous dire de Dieu. Que nous l'ayons réellement accepté est autre chose. Où se situe la confession, telle que nous l'avons comprise durant des siècles? C'est un problème qu'il nous faut résoudre, mais jamais au prix du message évangélique. Très souvent on a utilisé la confession comme un instrument de contrôle sur les gens. C'est ce qu'il nous faut dépasser. Souvenons nous de ce conte oriental. Un vendeur d'eau avait installé son poste tout près d'une source, et le succès de son commerce dépendait de ce que les passants ne découvrent pas que la source était à quelques mètres de distance, derrière un bouquet d'arbres...La conclusion est claire: ne vous laissez pas abuser, n'acceptez pas une eau conditionnée et payante. Allez à la source.

Ce que nous venons de dire non seulement ne rend pas la confession inutile, mais lui restitue sa véritable dimension humaine. A mon sens, la confession est la plus merveilleuse invention de nos deux mille ans de christianisme. Le plus grand bien que j'aie pour ma part fait à quelqu'un l'a été dans la confession. Dieu n'a pas besoin de la confession, mais nous si. Il faut que cela soit bien clair si nous voulons utiliser le sacrement de façon profitable. La confession est un signe qui doit m'amener à découvrir une réalité, l'amour qui est Dieu. C'est un processus d'illumination qui change la façon dont je me vois.

Il suffit de prendre conscience que quelqu'un m'aime, pour que tout change autour de moi. Si la femme de l'évangile montrait une si grande reconnaissance, c'est parce qu'elle était consciente de ce que le pardon qu'elle avait reçu était le signe d'un grand amour. L'amour est une réalité si profondément humaine que personne, se sentant vraiment aimé, ne puisse rester indifférent. Qui plus est, il n'y a qu'en se sentant aimé, qu'on pourra découvrir sa capacité d'aimer.

Dans la célébration des sacrements, l'automatisme n'a pas de sens. La confession n'est pas une lessive. La confession est un processus qui doit me conduire d'une conscience de péché à une conscience de dépassement de ces manquements. D'un désespoir à une confiance totale en ce que je suis et en ce que Dieu est. Il s'agit là de la véritable foi-confiance. Le premier objectif de la confession doit être la découverte de l'amour inconditionnel de Dieu. Une fois que nous nous sentions aimés, surgira en nous le désir d'y correspondre, en aimant.

Nous ne pourrons pas comprendre le pardon si nous ne sommes pas au clair sur le concept de péché. Le péché n'est pas le non accomplissement d'une loi. Une action ou une omission, ne sont pas des péchés parce quelles ont ordonnées ou interdites. Au contraire, c'est ordonné ou interdit parce que c'est un péché. Cette subtilité n'est pas simple à saisir, mais elle est indispensable pour la clarté des idées.

Si je ne découvre pas la raison du mal en ce que je fais ou ne fais pas,je ne serai jamais motivé pour l'action ou la omission. Le péché est toujours le fruit d'un manque de connaissance. Si je suis convaincu qu'une chose est mauvaise pour moi, la volonté ne pourrait jamais le rendre désirable. Quand la volonté désire quelque chose, c'est que la raison le lui présente comme bon. C'est pourquoi le triomphe sur le péché ne s'obtient pas par volontarisme, mais par une connaissance plus approfondie.

« Ta foi t'a sauvée ». Ce qui sauve, ce n'est pas ce que Jésus a dit ou et fait. Ce qui a apporté le salut à la femme, c'est son changement d'attitude, quand elle reconnaît et confesse son péché et découvre qu'en ce qui concerne Dieu, ce péché est vaincu. Il s'agit en réalité d'une prise de conscience de ce qu'est Dieu, en dépit de ce que nous sommes, nous autres. C'est reconnaîttre que Dieu, qui me connaît mieux que moi-même, m'accepte tel que je suis.

La « foi », ici, comme toujours dans la Bible, signifie confiance. La confiance sauve toujours, parce qu'elle ne tient pas compte la qualité ni la quantité des fautes, mais la qualité de la confiance que nous mettons en Dieu.


Méditation- contemplation

« Tes péchés sont pardonnés »


Le plus grand obstacle à une expérience mystique,

est de croire que mes manques m'éloignent de Dieu.

Ce sentiment est le fruit d'une méconnaissance de l'homme et de Dieu.

 

Si nous ne sommes pas capables de nous accepter tels que nous sommes,

notre relation à Dieu sera faussée et ne nous mènera pas à bon port.

Découvrir que Dieu nous accepte tels que nous sommes

est un grand pas vers notre acceptation de nous mêmes.

 

Si je parviens à aller au delà de mes manques,

je découvrirai l'être lumineux et intachable que je suis.

Je découvrirai que cette partie de moi ne dépend pas de moi, mais de Dieu.

Elle est par conséquent digne d'être aimée, de Dieu et de moi.

 

Fray Marcos

(Traduction Maurice Audibert)

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