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LE RENOUVEAU DANS L'EGLISE, TACHE DE TOUS

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(Né en 1929 et diplomé de la grégorienne de Rome, Jose Maria Castillo est l'un des théologiens de la libération suspendus d'enseignement sous Jean Paul II puis Benoit XVI.
Il se consacre à des conférences et à l'écriture d'articles parus et traduits un peu partout. Son dernier livre paru est intitulé « L'humanité de Dieu ». Il est prêtre et vit à Grenade).

Le pape François, par ses propos tenus depuis le premier jour de son élection et plus encore par sa façon humble et simple de se présenter en public (qu'il avait déjà étant archevêque de Buenos Aires), a fait naître de telles attentes de renouveau pour l'Eglise qu'on a pu voir en lui, non sans raison, une évocation de Jean XXIII. Le livre récent de Manuel Vidal et Jesus Bustamante fait clairement apparaître cet aspect du nouveau pape. Sans parler des nombreux commentaires allant dans le même sens, que les medias diffusent tous les jours et qui circulent sur Internet en quantités ahurissantes. Il est évident que nombreux sont les catholiques qui voient le renouveau de l'Eglise non seulement comme une possibilité, mais comme une probabilité rapprochée.

Personne ne met en doute que ce renouveau possible (voire probable) de l'Eglise soit une belle espérance, qu'il nous faille développer partout où nous le pouvons. Mais attention ! cette espérance de renouveau est pleine de de menaces et de dangers qui ne sont ni des bêtises, ni encore moins des problèmes imaginaires.

D'abord, le plus important de tout c'est qu'un renouveau de l'Eglise ne dépend pas seulement du pape. Aussi génial que soit cet homme, aussi évangélique que soit sa façon de vivre, aussi originales et fermes que soient les décisions qu'il prend, l'Eglise est si énorme, si complexe et, à de nombreux et importants points de vue une institution si compliquée, qu'un seul homme ne peut (ni ne pourra) rénover l'Eglise comme l'Eglise doit l'être, au moment où nous sommes et telles que se présentent les circonstances.

Alors ne nous berçons pas de fausses illusions. Le renouveau de l'Eglise dépend certes et de façon notable de ce que dit et fait le pape. De même qu'il dépend logiquement de la Curie Vaticane. Mais si nous prétendons parler sérieusement de renouveau dans l'Eglise, n'oublions jamais que nous sommes tous l'Eglise. Et que c'est de tous, par conséquent, que dépend ce renouveau attendu si impatiemment.

Disant cela, je ne suis pas naïf au point d'imaginer que le milliard de croyants qui formons l'Eglise, allons changer en un jour. Et que le renouveau désiré va nous être « servi sur un plateau ». Il est certain que si le pape change – dans son mode de vie et son enseignement – l'Eglise change et se renouvelle. Mais il est certain aussi que si nous catholiques attendons du pape qu'il dise et fasse ce qui convient ou intéresse chacun d'entre nous, le pouvoir rénovateur du pape restera limité sur de nombreux points. Et nous serons les premiers à priver d'efficacité les meilleures intentions du nouveau pape.

Soyons clairs et concrets. Si par exemple, nous théologiens qui avons été censurés, voire écartés de nos postes d'enseignants dans les séminaires ou centres d'études supérieures ecclésiastiques, ce que nous attendons du nouveau pape est qu'il nous restitue notre « dignité perdue » ( ! ), nous rendrons un mauvais service à l'Eglise.

Voilà des dizaines d'années que le « vivre ensemble » a été difficile dans l'Eglise. Nous nous sommes divisés, nous nous sommes affrontés, nous nous sommes fait du mal les uns aux autres. Fréquemment, ceux d'entre nous qui ont eu quelque pouvoir (même réduit, ce que je crois être mon cas), avons surement dit ou fait des choses ayant causé souffrance et humiliation à d'autres personnes. Si j'attends maintenant un renouveau qui consisterait à ce que le pape me donne raison, en donnant tort à ceux qui ne pensent pas comme moi, je ne cherche pas, c'est évident, le renouveau de l'Eglise avec une espérance de ce genre. Ce que je rechercherais dans ce cas, serait ma propre promotion, mon triomphe sur les autres. Et ce que je ferais serait de rendre le plus répugnant des services à la cause de Jésus et de son Evangile.

Logiquement ce que je suis en train de dire devrait être appliqué avec liberté, audace et transparence, s'agissant des groupes progressistes ou conservateurs. A ceux qui veulent plus d' « observance » comme à ceux qui luttent pour qu'il y ait davantage de « liberté » dans l' Eglise.

Cela m'apparaît plus clairement tous les jours. Nous savons tous que sous les deux derniers papes, antérieurs à François, ce sont les groupes les plus conservateurs qui ont bénéficié du fait de la proximité de Rome, de charges Curiales nombreuses et importantes et naturellement de la faveur de tant et tant d'évêques. Alors que d'autres groupes -je pense aux aux communautés et aux théologiens proches de la Théologie de la Libération – se sont sentis oubliés ou pour le moins marginalisés. Si ce que nous attendons du nouveau pape c'est qu'en certains cas se maintiennent les privilèges ou qu'en d'autres s'organisent des revanches, plus ou moins dissimulées, ce que nous ferons c'est qu'au lieu de collaborer activement au renouveau de l'Eglise, nous nous consacrerons à la tâche peu souhaitable consistant à mettre des bâtons dans les roues du char de cette Eglise que nous disons aimer, alors qu'en réalité nous l'avons aimée tant qu'elle nous favorisait.

Le fond du problème, c'est que la « logique du renouveau » de l'Eglise n'est pas la « logique de la raison », mais la « logique de l'Evangile » qui est paradoxalement la « logique du chaos ». Le « désordre » que Jésus à provoqué par sa conduite, par ses conflits face au Temple et aux dirigeants religieux de son époque. Cette conduite évangélique qui s'est traduite par la « peur de la bonté » et la « peur de la tendresse » dont le pape François a dit aux chefs d'Etat (à la messe de sa nomination officielle) qu'il leur fallait la surmonter.

Naturellement on ne peut gouverner et régler les choses qu'avec la seule bonté. Il faut parfois prendre des des décisions douloureuses. Mais que ceux qui doivent les prendre les prennent. Si tout un chacun prétend « prendre en main la justice » et que le pape lui donne raison, à ses idées et à ses intérêts, nous ferons échouer ce pape et tous les « françois » qui s'interposent sur le chemin paresseux et déboussolé de nos fanatismes. Ce chemin que nous sommes nombreux à avoir emprunté jusqu'à aujourd'hui, y compris avec un stupide orgueil.

 

José María Castillo

(trad. M.A.)

Paru dans « Teologia sin censura

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