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NOUS NE SERONS CHRETIENS QUE DANS LA MESURE OÙ NOUS SERVIRONS

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Mc 10, 35-45

 

CONTEXTE

La route vers Jérusalem continue. Marc utilise la même stratégie littéraire que dans le chapitre antérieur, quand les disciples discutaient pour savoir qui était le plus important. Après avoir annoncé sa passion pour la troisième fois, l'évangile propose une réaction totalement opposée à l'enseignement de Jésus. Les douze continuent à briguer les privilèges liés au pouvoir. Les apôtres continuent à penser que la montée à Jérusalem va culminer avec son intronisation comme Roi.

Dimanche dernier les possessions et aujourd'hui le pouvoir, sont les deux piliers de l'égoïsme qui s'entremêlent et se soutiennent mutuellement. Avec ce récit se clôt un cycle qui contient les trois annonces de la passion et les enseignements contenus dans la proposition.


EXPLICATION

Les deux frères qui s'approchent de Jésus l'appellent pompeusement « maître », mais ils vont lui dire ce qu'il doit faire, pas apprendre ce qu'il leur enseigne.

« L'un à ta droite et l'autre à ta gauche ». Il semble que Santiago et Jean sollicitent les premiers postes dans le royaume terrestre que Jésus va inaugurer à Jérusalem. Mais même s'ils pensaient au royaume eschatologique, au-delà de ce monde, c'est la même soif de supériorité qui se manifesterait. Nous disions déjà dimanche passé que l'attitude égoïste est la même, qu'on cherche des sécurités pour ici-bas ou pour l'au-delà.

« Vous ne savez pas ce que vous demandez ». La phrase révèle une différence de critères abyssale. Jésus et les disciples ne sont pas sur la même longueur d'onde.

Il n'est pas impossible qu'avec cette phrase Marc propose une allusion subtile au moment même de la mort de Jésus. Si nous prenons en compte que, pour Jésus, la croix est le lieu de la gloire, ils seraient en train de lui demander d'aller à la mort avec lui. Curieusement, tous les évangiles nous disent qu'à ce moment-là ils étaient deux, l'un à sa droite et l'autre à sa gauche, mais c'était des malfaiteurs ordinaires.

« Les dix autres s'indignèrent. » Cette réaction ne montre qu'une chose, c'est que tous sont dans la même position. Nous aussi lorsque nous protestons contre ce que fait l'autre, nous pouvons montrer le désir de faire la même chose. Le reste des disciples avaient les mêmes ambitions que les deux frères, mais ils étaient lâches et n'avaient pas le courage de le manifester. Dans leur immense majorité, les chrétiens que nous sommes essayons toujours d'utiliser Dieu à notre profit.

« Le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie... »Dorénavant, ce ne sont plus les chefs des prêtres qui lui ôtent la vie, mais c'est lui qui la donne librement. Ce changement de perspective est très important pour le sens général.

En disant qu'il donne sa vie, le texte grec ne dit pas « zoe », ni « bios », mais « psychè » qui ne signifie pas exactement « vie », mais le fondement spécifiquement humain de la vie, le psychologique. Donner sa vie ne signifierait pas livrer sa vie biologique en mourant, mais mettre son humanité sa vie durant au service des autres. Ce serait donner sa vie, en servant.


APPLICATION

Il est très courant que, dans l'homélie d'aujourd'hui, on critique l'Eglise parce qu'elle ne suit pas l'évangile en fuyant tout pouvoir pour se consacrer au service des autres, mais il faut faire très attention, parce que les êtres de raison ne sont pas sujets de réactions humaines. Ce que critique Jésus c'est la personne concrète qui agit depuis le pouvoir pour opprimer les autres. Ce sont les personnes concrètes, avec un prénom et un nom, celles qui aujourd'hui dans l'Eglise agissent sans tenir compte de l'évangile.

Il suffirait qu'un seul de ces hiérarques serve vraiment les autres pour qu'on ne puisse pas dire que « la hiérarchie » opprime ou tyrannise. Il est curieux que Josef Ratzinger (le pape actuel), dans un livre (« Le nouveau peuple de Dieu ») publié en espagnol en 1972, se demande « comment les successeurs des apôtres au temps de Constantin, ont pu en venir à considérer comme correct le contraire de ce qu'avait dit Jésus aux disciples ».

La vérité est que Constantin, ou qui que ce soit, promit toutes sortes de privilèges à ceux qui étaient à ce moment à la tête de l'Eglise et le fit de façon si convaincante qu'ils tombèrent dans le piège et que la majorité des dirigeants actuels continuent à s'y sentir si bien, tout en étant à des années-lumière de l'évangile. Qui plus est, ils trouvent à chaque siècle davantage d'arguments pour justifier un pouvoir sacré absolu.

L'évangile nous dit de toutes les manières que le chrétien est un être pour les autres. Si nous ne comprenons pas cela, nous n'avons pas compris l'abc du christianisme. Mais ce message en est aussi l' x, parce que c'est l'inconnue la plus difficile à entrevoir, la réalité la mieux camouflée sous l'idéologie justificatrice que sécrète toujours toute religion instituée.

Nous sommes chrétiens dans la mesure où nous nous donnons aux autres. Nous cessons de l'être dans la mesure où nous en profitons ou voulons les dominer de quelque manière que ce soit.

Ce principe de base du christianisme n'est venu d'aucun monde galactique. Il est parvenu jusqu'à nous grâce à un être humain en tout semblable à nous. Il l'a découvert au plus profond de son être. Quand il a compris ce que Dieu était en lui, à le percevoir comme don total, Jésus a fait la découverte la plus profonde de sa vie. Il a compris que la grandeur de l'être humain consiste en cette possibilité qu'il a de se donner comme Dieu se donne. Jésus a découvert que la fin suprême de l'homme était de se donner, de se livrer totalement, définitivement.

Dans ce don total l'homme se réalise pleinement. Lorsqu'il découvre que la racine de son être est Dieu lui-même, il découvre la nécessité de dépasser l'attachement au faux moi. Libéré de l' « ego », il se trouve alors devant la véritable réalité de ce qu'il est. A ce mo- ment-là, son être s'agrandit et s'identifie avec l'être absolu. L'être humain se fait un avec Lui. Voilà le but, c'est tout. Même Dieu ne peut rien ajouter à cet être-là car il est maintenant une même chose en lui.

Tant que je ne ferai pas cette découverte, je serai dans la position du jeune homme riche, des deux frères et des autres apôtres : je chercherai plus de richesses, le meilleur poste et la maitrise sur les autres pour qu'ils soient à mon service. L'objectif de ma vie sera le renforcement de l' »ego » que je crois être.

Sur ce point, les programmes ne servent à rien. Si j'accepte de me donner aux autres de façon programmée, ce sera à contre-cœur et parce que j'en attends une récompense, même spirituelle; je suis en train de renforcer mon « ego ». Il ne s'agit pas non plus de souffrir, de s'humilier devant Dieu ou devant les autres, attendant qu'ensuite Dieu me le paie largement. Il nous faut surmonter ce piège et découvrir la récompense la plus grande qui est de vivre et de se dépenser au bénéfice des autres.

Ne pas comprendre cette vérité nous a conduits à exiger de Dieu, y compris pour Jésus, une auréole. Le besoin d'un langage sur Jésus glorifié est le fruit de cette incompréhension. 90% du langage sur Jésus est fait dans cette perspective. Il y a dans l'évangile assez de faits pour découvrir cette erreur, mais nous nous cramponnons à un clou brûlant pour ne pas accepter la vérité. L'homme a toujours eu peur de l'obscurité. L'étonnant, c'est qu'il panique aussi devant la lumière, quand elle éclaire trop.

L'objectif de Jésus comme être humain a été de se livrer, de se défaire, de s'annihiler au bénéfice des autres. C'est ici même, et pas après, qu'il est parvenu à sa plénitude comme être humain. Son achèvement a été une réalité identique à sa disparition au bénéfice des autres. Il ne l'a pas accomplie dans l'attente d'être récompensé par une auréole. Dominer le moi et s'identifier avec Dieu est sa plus grande gloire. Il ne peut y avoir rien de plus.

Nous sommes à des années-lumière de l'évangile !

 

Méditation-contemplation

 

Oppression, tyrannie, soumission, esclavage, servitude,

Rien de cela parmi vous, dit Jésus.

La réalité nous dit

que tout cela nous le trouvons en chacun de nous.

 

Si l'essence du chrétien c'est l'amour de service

Et que nous ne le pratiquons pas,

qu'avons-nous fait du christianisme de Jésus ?

Ne sommes-nous pas en train de nous leurrer

avec une morale tranquillisante ?

 

La longue lutte que Jésus mena avec ses disciples

pour qu'ils dépassent leur mentalité égoïste,

est la même qu'il nous faut réaliser

chacun de nous contre nous-mêmes.

 

Fray Marcos

(Trad. Maurice Audibert)

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