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QU’ATTENDS-TU DE DIEU ?

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Mc 07, 31-37

Jésus médecin révèle Dieu.

Jésus n'est jamais un juge, ni Dieu non plus.

Jésus se trouve dans la région de Phénicie, près de Sidon, au Nord en direction de la mer de Galilée (bien que l'itinéraire indiqué par le texte ne semble pas en accord avec la géographie du pays.) Il guérit un sourd-muet, essayant de faire que la guérison reste un secret, en dépit de quoi tout se divulgue, provoquant l'étonnement général.

Curieusement ce miracle est l'un des rares (3 en tout) racontés par Marc et non recueillis par Mathieu. Au cours du récit on retrouve plusieurs attitudes caractéristiques de Jésus en présence de malades : il s'arrête, le prend à part, le touche, le guérit. Et lui ordonne que ça reste un secret. Dans l'évangile de Marc, ce qu'on appelle « le secret messianique » est quelque chose de fréquent. Jésus souhaite que ses miracles ne soient pas ébruités. Dans le contexte général de Marc, on a interprété cela comme une tentative de Jésus d'éviter la popularité facile, le messianisme politique, l'enthousiasme extérieur des gens. Jésus n'est pas le Messie faiseur de miracles qui donne à manger aux foules et guérit toute maladie, il n'est pas une panacée facile pour le bien-être physique du peuple, ni un candidat au pouvoir politique. Jésus dissimule ses actions et chaque fois un peu plus destine ses actes et ses paroles au groupe restreint qui va saisir l'essence du message.

Le commentaire des gens est cependant significatif : tout le monde est dans l'admiration devant les œuvres de Jésus ; personne n'a fait de miracles comme cet homme. La réaction des gens va être enthousiaste jusqu'à vouloir le faire roi (Jn 6, 15). Lorsque Jésus rejette ce type de messianisme, quand les gens réalisent que Jésus ne propose pas ce genre de triomphe, mais le triomphe sur le péché, la conversion, la popularité de Jésus va diminuer. On a appelé ceci « la crise galiléenne », reflétée en Jean 6 à propos du « discours sur le pain de vie », que nous avons lu les dimanches précédents.

 

R E F L E X I O N

L'évangile d'aujourd'hui et le texte d'Isaïe nous amènent à réfléchir sur l'essence du message de Jésus, de la Parole de Dieu dans les deux Testaments et de notre propre conception du religieux. La question finale est celle-ci : Qu'attends-tu de Dieu ? » et la réponse pourrait être : « qu'il me libère du mal ». Ou mieux : « qu'il m'aide à trouver le bonheur ». Le bonheur, pour l'aveugle, c'est de voir ; celui du sourd-muet, d'entendre et de parler. C'est ce qu'ils attendent de Jésus. C'est ce qu'il leur donne, et ils en concluent que la mission du messie est là : qu'il nous procure le bonheur tel que nous l'entendons. Mais c'est exactement ce que refuse Jésus, c'est le messianisme qu'il rejette.

Le thème essentiel du secret messianique réside dans ce qui peut sembler un habile jeu de mots. Au vu des miracles de Jésus, les juifs sont prêts à accepter que Jésus est le Messie, celui qu'ils attendaient, la solution à tous les problèmes, maladie, faim, injustice, oppression romaine...bref, à tout. Mais Jésus les invite à accepter autre chose : il leur faut accepter que le Messie, c'est Jésus, et ce ne sera pas ce qu'ils attendaient, mais quelque chose de très différent. Dans le même ordre d'idée s'inscrivent les prédictions de la passion, le rejet que leur opposent les disciples, le reproche de Pierre à Jésus et la réponse violente de Jésus à Pierre. Au bout du compte, le rejet officiel des pharisiens, des docteurs et des prêtres va constituer le refus total de la part d'Israël à accepter ce Messie-là.

Comme c'est presque toujours le cas, les situations historiques reflétées dans les évangiles prennent un caractère symbolique, représentatif des drames religieux de notre propre conscience et de la vie de l'Eglise. Le problème de ces Juifs par rapport à Jésus est aussi le nôtre, et l'un des plus intimes. Accepter Dieu comme il est, comme il se présente, et non comme j'aimerais qu'il soit.

Dans les miracles, l'objectif de Jésus n'est pas d'abord la santé du malade, mais la manifestation que « Dieu est là », en Jésus, et qu'il est le médecin, pas le juge. Et la présence de Dieu en Jésus ne consiste pas à faire de cette vie un paradis, mais que cette vie serve de chemin vers le Paradis. Cette vie n'est pas un paradis. Le mal est là, présent comme douleur, pauvreté, mort, injustice, absence de liberté...péché. Et ça, Dieu ne le règle pas à coup de miracles. Nous en faisons tous les jours l'expérience. Le peuple d'Israël avait découvert cette difficulté et l'avait exprimé avec une force extraordinaire dans le livre de Job, le juste écrasé de malheurs, situation incompréhensible pour la foi primitive.

Ainsi, le MIRACLE DES MIRACLES consiste précisément à croire en Dieu malgré le mal. Notre raison exige que si Dieu existe, le mal n'existe pas. Jésus manifeste que Dieu est notre force contre le mal...et qu'il a besoin de nous pour libérer les autres de ce mal. Voilà le noyau de base de la foi chrétienne : la connaissance de Dieu, que Dieu est cela, pas ce qu'imagine notre raison. Tel est le sens profond des trois commandements du Décalogue primitif :

TU N'AURAS PAS D'AUTRE DIEU QUE MOI
TU NE TE FERAS PAS D'IMAGES DE DIEU
TU N'USERAS PAS EN VAIN LE NOM DE DIEU

lesquels en fin de compte signifient la même chose : n'imagine pas Dieu et ne l'utilise pas en vue de ce que tu crois être ce qui te convient : écoute la Parole et découvre comment Dieu se manifeste. Et Dieu se manifeste en Jésus, « lui qui a bien fait toutes choses, qui a passé en faisant le bien, soignant et enseignant... » La foi consiste à accepter ce Dieu-là. La conséquence pour notre vie est évidente, elle aussi : notre foi en Dieu ne sert pas à rendre plus confortable notre vie (qui est ce que nous demandons dans nos prières), mais pour nous engager à faire de notre vie quelques chose d'utile ; Nous avons coutume de demander à Dieu qu'il nous libère de la souffrance, de la pauvreté...et Dieu nous apprend à utiliser la souffrance, la pauvreté... et, ce qui est plus difficile, à utiliser le plaisir et la richesse qui menacent aussi –peut-être davantage- notre liberté.

 

POUR NOTRE PRIERE

Notre poursuite du bonheur, nos demandes à Dieu qu'il nous aide à l'obtenir, nous amènent à nous demander comment Jésus lui-même concevait le bonheur. Et nous le savons, nous possédons son « code du bonheur ».

« Bienheureux » ou « heureux »...un code du bonheur selon Jésus. Pas un code moral, ni des préceptes à suivre, mais une exclamation de Jésus qu'on pourrait traduire par « combien seriez-vous plus heureux si vous étiez plus pauvres, si vous appreniez à souffrir, si vous aviez le cœur pur, si vous saviez pardonner... ! »

Nous devons comparer cela avec nos critères de bonheur pour nous rendre compte que notre cœur est fort peu converti, que nous sommes toujours au service de deux maîtres. Le maître principal, c'est notre manière de concevoir la vie et le bonheur, notre quête de bien-être ici-bas, notre manière de voir en Dieu le remède à mes maux d'ici et fournisseur des succès que je désire...L'autre maître c'est Jésus, la Parole ; mais nous le servons dans la mesure où il est compatible avec le premier.

Un exemple sanglant est notre modèle de société : Nous sommes riches, nous dépensons, nous dégradons la planète, nous produisons la misère du reste du monde. Emus par la misère d'autrui et motivés par la parole de Jésus, nous aidons un peu d'autres êtres humains, avec notre superflu. Mais jamais nous ne mettons en question notre modèle de société, notre type d'exploitation du monde, notre genre de consommation. Qui servons-nous en premier ?

Mais il y a aujourd'hui et maintenant une autre considération plus urgente : que faisons-nous, nous Eglise, en face du mal dans le monde ? Notre société est aujourd'hui minée par une crise économique qui produit chez beaucoup pauvreté et angoisse. Mais cette crise a des causes et des origines. Et nous, l'Eglise, nous nous taisons, y compris peut-être plus que quiconque, les autorités de l'Eglise : notre réponse est le silence, mais pas la dénonciation. En conséquence, si autrefois de nombreuses personnes quittaient l'Eglise (bien que croyant en Jésus), nous donnons à tous aujourd'hui une occasion de moins croire.

Et ceci a aussi des causes et des raisons d'être. La cause, c'est l'alliance cachée de l'Eglise avec le système capitaliste débridé, la relation intime des finances de l'Eglise avec ceux qui gèrent l'argent, le capital et les façons de faire en économie. Ils n'osent pas élever la voix, de crainte de se retrouver sans soutien économique. « L'Eglise des pauvres », « l'option préférentielle pour les pauvres » ne sont rien d'autre que de belles paroles. Les pauvres sont utiles à notre Eglise pour pouvoir faire des aumônes et gagner ainsi des mérites devant Dieu et un certain public apparemment religieux. L'Eglise n'ose pas prendre au sérieux l'évangile et par conséquent elle est inutile. Nombreux sont ceux qui attribuent la baisse du nombre de chrétiens, la diminution des vocations, etc, au concile Vatican II, rien de moins. Mais c'est le contraire, la cause est que nous ne sommes pas intéressés par la prise en compte du concile, ni à suivre l'Evangile pour de bon. Et dans ces conditions, l'Eglise ne sert à rien. Il y a, c'est vrai, de petits groupes et mouvements marginaux qui le prennent au sérieux et tâchent de suivre Jésus ; raison pour laquelle ils sont persécutés, discrédités, méprisés, marginalisés. Un bon signe c'est que nous répétons la vie de Jésus, rejeté et mis à mort principalement par le Temple, auquel convenait fort bien le statu quo en vigueur et qui progressait avec lui, en splendeur, en cultes fastueux, en abondantes recettes et en connivence coupable avec les oppresseurs, sans la moindre préoccupation pour la misère et la pression auxquelles le peuple était soumis. L'histoire se répète : ils ont tué Jésus, nous faisons la même chose.

Mais ils n'y sont pas parvenus et nous n'y parviendrons pas non plus. Jésus est vivant et Dieu était et est toujours avec lui, et pas avec ceux qui l'ont tué et tentent de le faire aujourd'hui.

Relisez, s'il vous plaît, la lettre de Saint Jacques : elle nous est adressée, à nous, l'Eglise d'aujourd'hui.

 

José Enrique Galarreta

Traduction Maurice Audibert

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