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QUELLE THÉOLOGIE ET POUR QUOI ?

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A 24 ans, en pleine ébullition spirituelle et intellectuelle et au milieu de tous mes doutes, dans ce [sanctuaire d’] Arantzazu en 1976, j’eu une ferme certitude intérieure : je voulais étudier et enseigner la théologie. Je ne saurais pas distinguer clairement ce que cette décision avait de véritable fidélité au plus profond de moi ou de fuite de mes propres peurs et ombres. Quoi qu’il en soit, je croyais en savoir beaucoup plus qu’aujourd’hui sur Dieu, Jésus, l’Église, le péché et le salut, la mort et l’au-delà, sur le Credo entier.

On m’avait donné une vérité à enseigner, l’ultime réponse à toutes les questions sur le divin et l’humain et c’est cela que je désirais offrir à la nouvelle société, urbaine, moderne, séculière de ce temps-là. Les « doutes sur la foi » m’assaillaient souvent, mais à 18 ans quelqu’un me dévoila – quelle libération que cette nuit à Olite !- que telle était la condition du croyant, inhérente à la fragilité humaine, qu’il suffisait de dire, comme l’homme de l’Évangile, père souffrant d’un enfant malade : « Je crois, mais aide moi à croire plus. »

Je me libérai de l’angoisse du doute, mais pas du concept de foi. Je continuai à penser que la foi comportait la profession de quelques croyances, pour étranges qu’elles puissent paraître. C’étaient les années du post-concile et on nous proposait le défi d’être des croyants modernes, de professer une foi compatible avec la raison, bien que souvent il fallut faire de la dentelle au fuseau pour rendre « crédibles » des dogmes comme la conception virginale de Jésus, sa mort expiatoire, sa résurrection physique, l’immaculée conception de Marie ou l’infaillibilité du pape. Justement, la théologie avait été définie depuis les temps anciens comme «  intelligentia fidei » intelligence de la foi. Et  c’était cela la mission du théologien dans l’Église et dans le monde : justifier –plus que critiquer ou purifier- les dogmes, les comprendre de façon « raisonnable ». Cette tâche me passionnait comme vocation personnelle, plus encore comme défi culturel.

Comme tout cela reste encore proche, et comme cela est déjà loin ! Et je ne renie rien, mais déjà depuis la fin des années 80, je suis dans autre monde. Simplement je parle une autre langue, le langage de la vérité éclatée, du pluralisme inaliénable, des sciences innovatrices, de la relativité ou de la relationalité de tout avec tout, de la connaissance accélérée et de l’incertitude croissante, la « glorieuse incertitude ». Autre monde, autre théologie.

 Je me situe là, ouvert à toutes les questions. Aujourd’hui, après avoir consacré 40 ans à étudier et à enseigner la théologie, j’ai beaucoup moins de certitudes et je crois beaucoup moins en mon savoir que quand je commençais. J’ai désappris tout ce en quoi je croyais, tout sauf l’essentiel, c’est ainsi que je le crois. J’ai appris qu’aucune croyance n’est essentielle ni nécessaire, car toutes dépendent de la vision que nous avons de la réalité en général et de la langue que nous parlons. J’ai appris que l’essentiel du « croire » n’est pas la croyance, mais « le don du cœur », comme le suggère la propre étymologie du terme latin credere, qui vient de ker (cœur) et dheh (donner). Donne le cœur : tout le reste ce sont des ajouts.

Voici aussi l’essentiel de la théologie, qui vient du grec et signifie « parole ou discours sur Dieu » (theos, logos). Je consacrais beaucoup de temps à étudier le grec et le latin, et même l’hébreu, et je ne le regrette pas, mais je finis par découvrir l’évidence : que le Dieu Être Suprême, céleste, des hébreux, des grecs et des latins n’existe pas. Que « Dieu » est ce que son étymologie (deiv) évoque : lumière. Simplement Lumière, Fond de lumière invisible de toutes nos ombres. Gloire de l’Être pur de tout ce qui est. Source, Âme, Cœur battant du monde. Aujourd’hui je cherche de mots nouveaux pour évoquer le Mystère, ranimer la Flamme, nous délivrer de tant de peur et de l’asphyxie planétaire, respirer et vivre plus humainement. C’est ça la théologie.

Et c’est cela que j’ai voulu faire pendant les 13 dernières années, à la demande du groupe NOTICIAS, dans cette colonne, hebdomadaire d’abord, bimensuelle ensuite. Cela a été un plaisir et un privilège, et je ressens une profonde gratitude pour les journaux et les lectrices et les lecteurs. Mais il y a un temps pour commencer et un temps pour terminer, et il m’a semblé qu’il était temps de mettre fin à cette étape, si cruciale pour moi, et d’en ouvrir une autre, pleine de questions : en septembre j’ouvrirai une page web (www.josearregi.com), appelée Umbrales de Luz (Seuils de Lumière) dont tu peux déjà voir la première page à cette adresse.

Si nous nous retrouvons là pour continuer à marcher ensemble vers les seuils de la Lumière d’où tout surgit, ce sera un plaisir. Je te souhaite paix et bien, comme aimait à le dire le frère François, le Poverello d’Assise.

 

José Arregi

(Publié dans DEIA et dans les quotidiens du Groupe NOTICIAS le 21 juin 2020)

Traduction de l’espagnol par Dominique Pontier

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