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UNE PAROISSE DE SALAMANQUE

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Je salue les gens de Salamanque et leurs terres castillanes, « débordantes de lumière et d’espace », comme l’écrivait Miguel de Unamuno.

Récemment j’ai eu la chance de faire connaissance, à la périphérie de cette ville, dans le quartier de Buenos Aires, avec la Paroisse de Sainte Marie de Nazareth qui célèbre ses Noces d’Argent. Et je me dis : « Ceci est une vraie paroisse ». Le terme le dit, qui vient du grec paroikia et signifie « voisinage » et aussi « résidence en pays étranger ». Ainsi se nommaient les communautés chrétiennes de langue grecque dès les premières décennies après la mort de Jésus dans les banlieues de Jérusalem, Jérusalem avec ses beaux palais et son grand temple : paroikiai, foyers de ceux qui n’ont pas de foyer. Et ils n’appelaient pas paroikos (curé), comme le fait le Droit Canonique, un homme ordonné prêtre par un évêque et investi de pouvoirs sacrés pour toute sa vie, à la tête et au-dessus des « laïcs ». Ceci n’existait pas encore. Toutes les femmes et tous les hommes de la communauté s’appelaient paroikoi, c’est-à-dire, « prochains », « voisins » ou « étrangers ».

C’est ainsi qu’un noble païen de ces temps-là appelé Diogneto, très intéressé par la connaissance de la « religion des chrétiens » et par leur manière de vivre, l’expliqua ainsi à un ou une de ces paroissiens ou paroissiennes, dans ces termes des plus délicieux : « Toute terre étrangère leur est une patrie, mais ils sont dans toute patrie comme en terre étrangère ».

De telle façon que si quelque député du Congrès ou un quelconque évêque de la Conférence Episcopale s’intéressait de savoir ce qu’est une paroisse et en quoi consiste être chrétien, qu’ il aille passer quelques jours dans le quartier de Buenos aires, et parle avec Maria, Manoli ou Carmen ou avec Manolo et Mari Carmen. Ou avec Léon, qui parle peu, mais qu’il suffit de regarder. Ou avec Emilien, qui, bien qu’étant prêtre canoniquement ordonné et nommé curé par son évêque, ne s’occupe pas plus qu’il le faut de canons et de chasubles et d’objets dits sacrés, et prend soin le plus possible de ce qu’il y a de plus sacré : la vie des gens les plus pauvres, comme les prisonniers en fin de condamnation sans autre avenir que retourner en prison ou les migrants dits irréguliers parce que dépourvus de nos papiers.

Noces d’argent, et beaucoup plus que d’argent, d’or et de tous les métaux que nous disons précieux. Noces d’humanité. Pendant ces 25 ans, la maison paroissiale a offert le toit et le pain, un foyer et une patrie à plus de 2 800 personnes expulsées de la planète, condamnées par notre justice, mises à l’écart de notre abondance. Aujourd’hui ce sont 12 personnes qui vivent et trouvent en elle l’humanité et la confiance en soi qu’elles ignoraient ou avaient perdues. Et, avec ceux qui les ont précédés dans cette maison et maintenant possèdent la leur, sous la protection de ASDECOBA (Association de Développement Communautaire Buenos Aires), ils découvrent la dignité par le travail, bien au-delà du salaire : un espace de réhabilitation, d’épanouissement personnel, d’appui et d’accompagnement mutuel, et d’autogestion. En cultivant la terre, ils la soignent et se soignent.

Voici la paroisse de Marie, femme pauvre et forte, forte et sage, sage et libre. La paroisse du fruit béni de ses entrailles, Jésus, prophète guérisseur, libérateur de la vie. Une paroisse qui incarne l’Evangile d’un monde nouveau dans lequel nous tous sans exception ni différences puissions respirer et vivre.

Pendant ce temps, de sages commissions cardinalices du Vatican, avec des théologiens et des assesseurs experts, accumulent des mois de discussion pour savoir s’il est opportun d’ordonner de femmes comme diaconesses, et si la dite ordination, au cas où elle serait validée, serait ou non un sacrement.

Cela n’est pas important Messeigneurs, et n’intéresse presque personne. Laissez ces questions, si vous tenez à Jésus, et venez à la Paroisse de Notre Dame de Nazareth, et voyez comme on aperçoit de là, très près et très loin à la fois, les tours des deux cathédrales de Salamanque, l’ancienne et la nouvelle, et les tours de l’imposant Cléricalisme. Symboles d’une Eglise du passé.

« C’est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices », dit Jésus. Tout le reste est relatif ou tout simplement superflu. Ainsi l’entend et le vit cette paroisse du quartier de Buenos Aires, débordante de lumière et d’espace, de Pâques et d’Esprit. L’Evangile des Béatitudes et la parabole du Bon Samaritain sont son Catéchisme, son Rituel et son Droit Canonique

 

José Arregi

(Publié dans DEIA et dans les quotidiens du Groupe NOTICIAS le 12 mai 2019)

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